Le GIE WAGNE-internet Présente : DOSSOU SIMON KOSSI
LE DECALOGUE
Une Interpellation pour la vie quotidienne

SOMMAIRE

Avant-propos

Brève histoire du Décalogue

Etude thématique

Le don du Décalogue

Le prologue

Israël, peuple de Dieu

YHWH et les dieux

L'image dans le Décalogue et dans l'AT

La Sainteté et la Jalousie de Dieu

Le nom de Dieu

Le jour du shabbat

Les relations parents-enfants

Le respect de la vie humaine

Le respect du mariage

Le respect du bien d'autrui

Le faux témoignage

La convoitise

 

LE NOM DE DIEU

Le troisième commandement dit : " Ne prend pas le nom de ton Dieu en vain ". Ou " Tu ne profaneras pas le nom de Adonaï ton Dieu ".

A partir de ces stipulations, peut-on savoir si Dieu a un nom propre ? C’est après cela qu’on peut avoir le sens du commandement.

1 – Le nom dit " propre de Dieu "

Il n’est pas tout à fait correct de parler du nom propre de Dieu mais on a découvert que parmi tous les noms qui sont employés pour désigner Dieu il existe UN qui a été plus ou moins considéré comme nom propre par le peuple d’Israël. Ce nom a été révélé à Moïse au cours de la théophanie qui s’est produite dans un buisson " ardent " alors que Moïse gardait le troupeau de son beau-père à Horeb. Dans Ex 3 : 14, on pense qu’on peut retrouver les racines du nom propre de Dieu. En effet là on lit ehyeh asher ehyeh. On a cru voir dans le mot ehyeh la racine possible de ce qui est considéré comme nom propre de Dieu. Mais ce qui se présent en fait comme nom propre de Dieu est le tétragramme divin YHWH.

Ce nom se rencontre déjà dans Gn 4 : 26 où il est dit qu’Enoch fils de Seth invoqua le premier le nom de YHWH.

Dans Gn 9 : 26, il est aussi question de Béni soit YHWH, le Dieu de Sem. E. Jacob pense qu’il se pourrait que YHWH ait été au nombre, des dieux vénérés par les tribus hébraïques avant l’installation en Canaan.

On pense même que les quénites auraient utilisé ce nom YHWH pour désigner leur Dieu bien longtemps avant que l’on ne commence à parler d’Israël.

Dans Ex 3 : 14, le verbe hayah signifie être ; mais c’est aussi un verbe d’état qui signifie devenir. Ainsi donc, le Dieu dont il s’agit est un Dieu en devenir. On explique que la révélation faite à Moïse a pour but d’expliquer à Israël la nature du Dieu qu’il adore ou qu’il doit adorer à partir de la sortie d’Egypte. C’est un Dieu en devenir, un Dieu dynamique. Kiyongo pense que ce Dieu en devenir est celui qui se révèle comme le Dieu puissant face aux dieux égyptiens et des autres nations. L’expression : " Je suis qui je suis " a été compris parfois comme ceci : " Je ne veux pas ou je ne peux pas dire qui je suis ".

Ainsi donc le nom YHWH ne saurait exprimer totalement le mystère de Dieu. On ne peut enfermer Dieu dans des mots. Il se présente comme le Dieu qui engage dans le service après avoir libéré.

Il existe d’autres tentatives d’explications pour expliquer l’origine probable de ce nom.

Interjection Yah qui viendrait d’une excitation lors du culte (transe)

On pense aussi qu’il faut remonter au mot havah qui signifie entre autres tomber. Ceci fait penser à l’idée que YHWH faisait tomber la foudre à cause de sa puissance.

Il existe plusieurs autres hypothèses qui sont toutes aussi précaires les unes que les autres.

Il est à noter que le nom propre représente la personne elle-même. Ainsi, selon certaines traditions " africaines ", connaître le nom propre de quelqu’un, c’est le posséder, c’est être en mesure de faire de celui-là ce qu’on veut.

On peut donc tirer comme conclusion, que l’ambiguïté avec laquelle Dieu révéler son nom dan Ex 3 : 14 signifie que Dieu ne veut pas révéler sa vraie personne à bon marché. Ainsi donc avec la troisième stipulation, Dieu refuse que l’homme utilise son nom en vain.

Pour l’Israélite, il est formellement interdit d’appeler ce nom à tel point que sa vraie appellation a été oubliée à travers les âges. C’est pourquoi depuis longtemps (2e temple), pour lire le nom de Dieu on dit Adonaï (mon Seigneur). Plus tard, dans un effort de rappel du nom, certains ont pensé à un mot comme Yahvé, Yahou, Jéhovah etc.…

Question : En Afrique, l’adepte peut-il appeler le nom de la divinité qui le " possède " impunément ? Peut-on reconnaître le nom de la divinité à travers le nom théophore de l’adepte ?

2 – Elohim, El, le nom générique de Dieu

Dans le prologue, Dieu se présente comme : Adonaï ton Elohim. Le Dieu d’Israël est appelé Elohim.

C’est aussi le même mot qui est employé pour parler des divinités des autres voisins d’Israël. Ceci montre que le nom Elohim est utilisé pour désigner Dieu chez plusieurs peuples sémitiques. La racine El (ilu, allah) intervient dans l’appellation générique de Dieu dans les langues sémitiques sauf chez les Ethiopiens.

Mais quelle est l’origine de ce nom Elohim ? Il existe plusieurs hypothèses à ce sujet :

- Il viendrait de la racine ‘oul qui signifie être fort, puissant. Ainsi celui vers qui on marche. Le Père Lagrange d’ajouter que El est celui vers qui on se dirigeait pour rendre un culte.

 

- E. Jacob pense aussi qu'il viendra de 'ol mais donne l'étymologie que propose Noeldeike qui est : être devant, être le premier. Dieu serait l'être devant, le Premier de tout.

- Certains rapprochent ce nom de la préposition 'el qui signifie vers. Ainsi, Lagarde Paul dit que El était é exclusivement en poésie. Les diverses tentatives pour trouver l'origine du nom Elohim sont presque toutes restées au niveau des hypothèses.

Ce qui est certain est que EL a représenté l'appellation de plusieurs dieux locaux. Ainsi, le dieu local de Jérusalem s'appelait Elyon qu'on traduit par le dieu très-haut. Jérusalem étant considéré depuis toujours comme la grande ville, le dieu qui la gouvernait était considéré comme le créateur des cieux et de la terre. Selon E. Jacob El Elyon "a réuni dans sa personne toutes les fonctions ailleurs réparties entre plusieurs divinités".

Les pères avaient leurs dieux et lorsque les Israélites se sont constitués en un seul peuple (soit par lien de sang, soit par amphictyonie) YHWH a pris la place de ces différent dieux car il ne pouvait tolérer les autres à ses côtés à cause de la jalousie.

Il prend les fonctions de tous les autres El comme le baal Cananéen. Il s'est d'abord appelé Elyon. L'appellation Elohim a été interprétée comme le résultat de cette accumulation des fonctions de chaque El. Mais d'autres ont pensé que le nom Elohim doit être pris comme un pluriel intensif. Cf les cieux Shamayim, l'eau, maim etc.

Elohim peut être aussi pris comme un pluriel de majesté.

L'appellation de Dieu en El remonte à des temps très anciens puisque plusieurs personnes des temps anciens ont porté des noms qui ont trait à l'adoration du Dieu El.

Ex : Gn 4 : 18, Mehouyaël, Metouchael etc.

Les noms théophores anciens prouvent que El est connu et adoré des peuples Sémites depuis de longues dates.

Le terme Elohim est très fréquent dans les textes de la source E. comme Yahvé est fréquent chez J.

En dehors du nom propre et du nom générique de Dieu, il existe autres appellations pour désigner Dieu. Ce sont El Shadday, Yahvé, Tsébaoth, Adon, Baal Melek.

Question : L'importance des noms théophores en Afrique.

3- Le sens du commandement

Le mot lashave est le plus souvent traduit par en vain. Le mot shave signifie entre autres : mensonges, fausseté. Dans le cas où l'un des deux sens est retenu, le commandement serait en train d'interdire que l'on utilise le nom de Dieu dans une mauvaise intention. Ainsi donc, il serait interdit d'utiliser le nom de Dieu pour couvrir un mensonge ou pour accabler un innocent injustement lors d'un procès.

D'un autre côté, le même mot signifie, inutile ; ce qui est vain. Son sens adverbial est inutilement, en vain. C'est pourquoi lashave est rendu par en vain, inutilement.

Le nom de Dieu a une valeur qui doit être respectée. On ne peut et on ne doit pas utiliser ce nom pour mentir, ou même pour se faire justice. On ne doit non plus utiliser le nom de Dieu dans des situations injustifiées. On ne doit pas l'utiliser ni dans la malédiction, ni dans des bénédictions injustifiées. Ce commandement doit protéger le nom de YHWH contre l'usage injustifié qu'on pouvait en faire lors d'un serment ou d'une malédiction et en particulier dans la sorcellerie. Il s'agit aussi de ne pas user du nom de YHWH comme d'une chose sans valeur, de ne pas traiter comme un objet profane ce Nom révélé solennellement à Israël.

Il s'agit pour l'homme de n'utiliser le nom de Dieu que lorsque son emploi se justifie absolument. On ne doit pas penser manipuler Dieu à travers son nom car possède le nom, possède la personne qu'il désigne. C'est pourquoi, certains pensent que les noms de divinités jouent un grand rôle dans les exorcismes et les textes magiques ont une grande place dans la littérature orientale ancienne.

Nous dirons pour terminer que ce 3e commandement montre l'un des raisons pour lesquelles la révélation du Nom "propre" de Dieu est restée si obscure. Dieu ne veut pas que l'homme connaisse entièrement son nom de peur qu'il ne l'utilise abusivement pour atteindre ses objectifs et parfois égoïstes.

Ex : Que penser de la bénédiction de Jacob et d'Esaü par leur père Isaac ?

 

 

Simon K. DOSSOU, est professeur d'Ancien Testament et d'hébreu biblique à la Faculté de Théologie Protestante de Yaoundé. Il est aussi enseignant associé à l'Institut Catholique de Yaoundé et depuis peu à l'Université Adventiste Consendai de Nanga Eboko (Cameroun).

Collection TODAH n° 2

2e Edition, Revue et Corrigée 1999

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